Droit du bail4 min de lecture2026-01-27

Congé pour besoin propre du bailleur

Le bailleur peut-il résilier le bail pour habiter lui-même le logement ? Conditions et limites du congé pour besoin propre en Suisse.

Derniere mise a jour : 2026-01-27

Le principe du congé pour besoin propre

Le droit suisse autorisé le bailleur à résilier un bail pour y loger lui-même ou un proche parent. Ce motif de congé est en principe légitime et ne constitue pas un congé abusif au sens de l'art. 271 CO, à condition que le besoin soit réel et sérieux.

Le congé pour besoin propre n'est pas expressément réglementé par une disposition spécifique du CO. Sa légitimité découle du principe général selon lequel le propriétaire peut librement disposer de son bien (art. 641 CC). Toutefois, il est soumis au contrôle de l'abus de droit (art. 271 et 271a CO).

Les conditions de validité

Un besoin réel et sérieux

Le Tribunal fédéral exigé que le besoin propre soit concret, actuel et sérieux (ATF 142 III 91). Le bailleur doit démontrer qu'il a un projet réel d'utilisation du logement. Un besoin simplement hypothétique ou vague ne suffit pas.

Le besoin peut concerner :

  1. Le bailleur lui-même (logement principal)
  2. Un membre de sa famille proche (enfant, parent, frère/sœur)
  3. Dans certains cas, un collaborateur de l'entreprise propriétaire

Le respect de la forme et des délais

Le congé pour besoin propre doit respecter les mêmes conditions formelles que tout congé de bail : formulé officielle cantonale (art. 266l al. 2 CO), notification séparée aux deux conjoints (art. 266n CO), respect des délais et termes contractuels ou légaux (art. 266c CO).

L'absence de caractère abusif

Le congé pour besoin propre peut être considéré comme abusif dans certaines circonstances :

  1. Si le besoin est invoqué de manière fictive, comme prétexte pour se débarrasser d'un locataire indésirable
  2. Si le congé intervient dans un contexte de congé-représailles (art. 271a al. 1 let. a CO)
  3. Si le bailleur n'utilise finalement pas le logement pour son besoin propre après le départ du locataire

La preuve du besoin propre

Le fardeau de la preuve incombe au bailleur. En cas de contestation devant l'autorité de conciliation puis le tribunal, le bailleur doit apporter des éléments concrets démontrant son besoin : projet de déménagement, situation familiale, nécessité professionnelle, etc.

Le Tribunal fédéral a précisé dans l'ATF 138 III 59 que le tribunal doit procéder à une appréciation d'ensemble des circonstances. Le besoin propre ne doit pas nécessairement être urgent, mais il doit être raisonnable et plausible.

La contestation par le locataire

Le locataire peut contester le congé pour besoin propre en saisissant l'autorité de conciliation dans les 30 jours (art. 273 al. 1 CO). Il peut invoquer :

  1. Le caractère abusif du congé (art. 271 CO) : besoin fictif, congé-représailles, etc.
  2. La demande de prolongation (art. 272 CO) : même si le congé est valable, le locataire peut demander une prolongation allant jusqu'à quatre ans

Le jugé pondère les intérêts en présence : l'urgence du besoin du bailleur face aux conséquences pénibles du congé pour le locataire (âge, santé, durée d'occupation, marché du logement local).

Les conséquences d'un besoin propre fictif

Si le bailleur n'utilise pas le logement conformément au besoin invoqué après le départ du locataire, ce dernier peut agir en dommages-intérêts (art. 271a CO en lien avec l'art. 41 CO). Le Tribunal fédéral a admis que le locataire évincé sur la base d'un faux motif peut demander réparation du préjudice subi (frais de déménagement, différence de loyer, etc.).

Certains cantons, comme Genève, prévoient des sanctions spécifiques en cas de congé pour besoin propre fictif, pouvant aller jusqu'à l'annulation du congé et la réintégration du locataire.

Le cas particulier de l'achat d'un immeuble loué

Lors de l'achat d'un immeuble occupé par des locataires, le nouveau propriétaire reprend les baux en cours (art. 261 al. 1 CO). Il peut résilier le bail pour besoin propre en respectant le délai légal de résiliation anticipée (art. 261 al. 2 let. a CO) : le prochain terme légal moyennant le délai de congé légal. Cette possibilité est toutefois soumise au même contrôle de l'abus.

Questions fréquentes

Le bailleur peut-il résilier le bail pour y habiter lui-même ?

Oui, si le besoin est réel, concret et sérieux (ATF 142 III 91). Le congé doit respecter les formes légales (formulé officielle, délais). Le locataire peut contester et demander une prolongation.

Comment prouver que le besoin propre est fictif ?

Si le bailleur n'occupé pas le logement après le départ du locataire, celui-ci peut demander des dommages-intérêts. Le locataire peut aussi contester le congé avant son départ en démontrant l'absence de besoin réel.

Un nouveau propriétaire peut-il résilier le bail pour besoin propre ?

Oui. L'art. 261 al. 2 let. a CO permet au nouveau propriétaire de résilier le bail pour le prochain terme légal, mais le congé reste soumis au contrôle de l'abus (art. 271 CO).

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Note de la rédaction

Cet article a été rédigé à des fins d'information générale sur le droit suisse. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la consultation d'un professionnel.

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